Pour construire une méthodologie adaptée, la première étape a été de repérer les spécificités des actions collectives sur l’évaluation des risques menées dans les TPE ; des expériences portées par la chambre régionale des métiers dans d'autres branches de l'artisanat (Esthétique, Hôtel Café Restaurant, Interprofessionnel) aboutissent aux constats suivants :
- la mobilisation des entreprises : l'artisan se centre surtout sur la production, il a peu de temps à consacrer à d'autres activités ; la mobilisation se fait avant tout à partir de l’obligation réglementaire.
- La sensibilisation aux questions de santé et de sécurité : les entreprises artisanales ont souvent peu d'informations concernant la santé et la sécurité dans leur métier ; les risques sont souvent considérés comme "faisant partie du métier". Les informations qui pourraient émaner de leur médecin du travail (principal interlocuteur en la matière) ne sont pas suffisamment sollicitées et utilisées pour une réflexion sur les risques professionnels.
- La pédagogie : les journées collectives de sensibilisation à la sécurité ne sont pas facilement accessibles pour les artisans. Elles sont souvent jugées trop « théoriques », trop générales voir surdimensionnées à la taille de l’entreprise, et surtout pas assez spécifiques à leur entreprise.
- Le rapport à l'écrit : la formalisation des risques et l'élaboration du document unique peut être compliquée pour les chefs d'entreprise. Il faut donc penser à accompagner l’entreprise dans la mise en forme du Document Unique
- Les rapports hiérarchiques : même si la sécurité est une préoccupation souvent très importante, il est difficile dans une TPE de dégager un temps pour ne parler que de sécurité et pour programmer des plans d’actions.
- Le dimensionnement du projet : il est compliqué de trouver un bon équilibre dans la durée de l’action, son rythme, l’alternance et la durée des temps collectifs et individuels.
- Le transfert de l’action collective : les actions collectives sur l’évaluation des risques sont difficilement diffusables à d’autres entreprises et à d’autres activités ; il y a une nécessité d’élaborer une méthode qui puisse s’adapter à tous les secteurs.
La méthodologie choisie procède par étape :
1) en amont, un état des lieux sur la faisabilité et l’opportunité d’une action ainsi qu’un travail de prospection des entreprises à mobiliser réalisé par les conseillers chambre de métiers. Ce travail permet d’identifier les branches artisanales qui ont un réel besoin concernant la prévention des risques, qui n’ont pas encore élaboré de guide spécifique au métier, qui ont suffisamment de salariés et de risques pour se sentir concernées. Cela permet aussi d’identifier la meilleure période dans le calendrier pour intervenir.
2) Un travail amont avec la visite de 2 entreprises test représentatives des autres entreprises pour construire un « outil support », ébauche du document type qui facilitera la construction du document unique de chaque entreprise.
3) L’organisation de 2 réunions collectives d’une demi-journée chacune permet d’une part de sensibiliser les artisans et les conseillers CMA à la question des risques professionnels au-delà de la simple réalisation du document unique d’évaluation des risques. Elle permet d’autre part de finaliser et valider le document unique support avec un effort particulier sur la pédagogie pour partir de la pratique de terrain afin d’identifier les risques rencontrés et mettre au point un document unique « type » qui soit opérationnel dans la TPE et adapté au secteur d'activité concerné.
4) Une intervention dans l’entreprise : à l'issue de la 2ème réunion collective, les responsables doivent réaliser l'évaluation des risques dans leur propre structure, en s'appuyant sur le guide réalisé et validé en commun en réunion collective.
Une intervention d'une demie-journée permet de finaliser ce travail et de valider le plan d'actions. Les responsables d'entreprise ont ainsi précisé quelles étaient les décisions ou mesures qu'ils ont été amenés à prendre ou qu'ils prendront prochainement afin de mieux maîtriser les risques identifiés. Ils ont été invités à échanger avec leurs salariés pour les informer et faire que ce Document Unique soit un document partagé.